Grégoire Verrière : « 70% des émissions de carbone sont rejetées par seulement 100 entreprises »

« Quand on sait que 70% des émissions de carbone dans le monde sont rejetées par seulement 100 entreprises, dont Total, il est inconcevable de ne pas prélever lourdement ces acteurs économiques »

Afin de placer l’écologie au cœur du débat, nous avons posé les mêmes questions à différents candidat-e-s pour les élections européennes.

Grégoire Verrière, investi sous la bannière de Génération-s a accepté d’y répondre.

 

Bonjour, vous êtes candidat sur la liste de Génération-s pour les élections européennes, pouvez-vous nous résumer votre parcours ?

Je m’appelle Grégoire Verrière, j’ai 25 ans, j’ai étudié en lycée agricole et je suis maintenant apiculteur ainsi que chargé de mission au Conseil départemental du Puy de Dôme. Militant écologiste, je me suis d’abord engagé auprès d’organisations de protection de l’environnement, comme la Ligue Pour la Protection des Oiseaux (LPO), puis j’ai décidé quelques années plus tard de franchir la porte de l’engagement politique.
Lors des primaires de la Gauche, j’ai décidé de rejoindre Benoit Hamon principalement pour la vision
radicalement transformatrice qu’il portait. Depuis j’ai participé activement à la construction des Jeunes Génération.s, l’organisation de jeunesse du Mouvement Génération.s. J’ai été à l’initiative du grand Tour de France des Alternatives Agricoles et Alimentaires que nous avions organisés durant l’été 2018, j’ai été élu en mars dernier Coordinateur national des Jeunes Génération.s, et je suis aujourd’hui candidat aux élections européennes.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager ?

En l’espace de 20 ans, ce qui est une minuscule fraction de seconde dans l’histoire de l’évolution, j’ai eu la tristesse d’observer un monde du vivant en déclin. Ce qui m’a le plus frappé, c’est la disparition vertigineuse des populations d’insectes pollinisateurs dont les abeilles. Pratiquer l’apiculture n’est plus seulement une passion ou une activité économique, c’est devenu un véritable engagement militant. Cette érosion inquiétante de la biodiversité et en partie liée à l’hégémonie du productivisme
agricole, qui pousse aujourd’hui des paysannes et des paysans au suicide, qui saccagent des écosystèmes entiers et qui intoxique lentement les consommateurs, en particulier les plus pauvres.
Ce constat révoltant, m’a poussé à m’engager en politique et plus particulièrement dans cette élection européenne, car j’en suis certain, l’Europe peut être la clé d’un changement radical et garante d’une société plus juste et écologique.

En matière d’environnement, quelles mesures de votre programme vous tiennent particulièrement
à cœur ?

12 ans, c’est selon le GIEC, le nombre d’années qu’il nous reste pour limiter les conséquences du réchauffement climatique. L’urgence écologique et sociale est telle, que des engagements audacieux doivent être pris. Ce n’est pas le chemin qu’empruntent les libéraux, et l’ensemble des alliés européens d’Emmanuel Macron. Alors qu’ils s’entêtent à défendre l’étranglement budgétaire et les cures d’austérité, les futures députés Génération.s s’engagent quant à eux pour Une Europe zéro carbone d’ici 205 grâce à un plan massif d’investissement pour la transition sociale et écologique : le Green New Deal. 500 milliards d’euros/an qui permettront la sortie des énergies fossiles, la rénovation thermiques des bâtiments publics et privés ainsi que l’accompagnement des citoyens européens dans la création de nouveaux emplois au service de l’écologie. Nous nous engageons pour une Europe zéro carbone en 2050.

Autre mesure forte, la transformation de la politique agricole commune, pour remplacer le productivisme, modèle hégémonique aujourd’hui en Europe, par l’agroécologie. La bonne rémunération des paysans et des paysannes, la protection des écosystèmes et la production d’une alimentation de qualité doivent supplanter toutes logiques mortifères permises par l’inacceptable porosité entre certains parlementaires et les lobbies industriels et chimiques.

 

Quel est votre avis sur les marches pour le climat qui s’organisent en France et un peu partout dans
le monde ?

En se mobilisant massivement sous différentes formes, la jeunesse française et européenne fait preuve d’une grande maturité, d’une incroyable clairvoyance et décrédibilise complétement celles et
ceux qui assènent à longueur de journée que les jeunes ont besoin d’être recadrés et qu’ils ne s’engagent en rien. Dans les marches ou durant les actions de désobéissance civile, nous pouvons lire des slogans hautement politiques qui critiquent les dérives d’une société capitaliste. L’écologie constitue le cœur de notre ADN, en cela nous incarnons la génération capable de transformer notre modèle de société, nous sommes la génération que la planète attendait. Ce soulèvement populaire et pacifique doit maintenant déboucher sur la création d’un véritable lobby citoyen capable de peser directement sur les décisions politiques et court-circuiter l’influence des lobbies d’intérêts privés.

 

Selon vous, comment lier la justice sociale et l’urgence climatique ?

L’écologie ne peut être que de gauche car elle nécessite d’émettre une critique sévère d’un néolibéralisme qui tend à marchandiser le moindre espace de vie, qui exacerbe la concurrence entre
les peuples et les nations et qui de fait, accroit les inégalités. L’écologie, ou plutôt le green-washing prôné par les gouvernements libéraux européens n’est pas en rupture avec le dogme de la croissance et profite seulement aux plus riches. Le début des mobilisations des gilets jaunes nous l’a bien prouvé, la transition écologique ne peut pas reposer sur les seules épaules des citoyens. Au contraire, l’heure d’une écologie populaire, juste et redistributive est venue.
Pour que justice sociale rime avec justice climatique, il faut une fiscalité écologique qui mette à contribution celles et ceux qui polluent le plus. Quand on sait que 70% des émissions de carbone dans le monde sont rejetées par seulement 100 entreprises, dont Total, il est inconcevable de ne pas prélever lourdement ces acteurs économiques. Ces nouvelles ressources financières permettraient sans aucun doute de transformer nos appareils productifs et d’accompagner les citoyens dans un changement de vie durable.
Il est également primordial d’intégrer le cout écologique dans l’importation de biens extra européens en instaurant une taxe carbone aux frontières. Cette mesure serait une arme redoutable contre la course au moins disant social et environnemental et permettrait de relocaliser notre économique avec à la clé, la création d’emplois non délocalisables.

 

Comment vous positionnez-vous face à la liste du PS, d’EELV, du PCF ou de la France insoumise, pourquoi tant de divisions ?

Les désaccords qui traversent la gauche ne sont pas de petits débats. Nos rapports à la croissance, et au travail par exemple ne sont pas les mêmes lorsqu’on est membre de Génération.s, de la France Insoumise ou bien du Parti Socialiste. La question stratégique n’est pas non plus à prendre à la légère. Les idées sont évidemment importantes en politique mais la manière dont on veut les mettre en œuvre l’est tout autant.
En construisant avec d’autres mouvements de gauche et écologistes à travers l’Europe le « Printemps
Européens », nous choisissons la clarté et une stratégie sans ambiguïté. Nous nous engagerons avec nos partenaires sur la base d’un programme commun sans faire d’alliance avec la droite européenne.
D’ailleurs notre candidat à la tête de la Commission européenne, n’est d’autre que Yanis Varoufakis, figure emblématique de la lutte contre l’austérité.
L’union de la gauche et de l’écologie fait partie de notre ADN politique, mais elle devra se faire sur une base claire et cohérente vis-à-vis des enjeux auxquels l’humanité est confrontée. C’est en ce sens que nous proposions il y a peu la votation citoyenne. C’était l’occasion de placer le citoyen au cœur de la recomposition de la gauche et des écologistes, en votant pour un programme et une stratégie commune. Nous n’avons hélas reçu aucune réponse favorable.

Puisque les anciens appareils politiques ne sont pas capables de dépasser les logiques propres à leur survie, invitons les citoyens à voter le 26 mai pour le projet qui leur semble le plus clair et le plus constant, pour les idées qu’ils souhaitent voir au centre du débat, pour la liste qu’ils jugeront la plus à même de reconquérir nos libertés et de conduire l’ambitieuse transition sociale et écologique à laquelle nous aspirons.

 

Les Alternatifs – propos recueillis par la rédaction