La chasse à courre et aux prébendes (10 000 euros!)

L’Office national des forêts a répondu aux demandes des chasseurs dont les parties avaient été perturbées par les anti-chasse à courre.

L’Office a décidé de dédommager les veneurs. Il a versé 7 000 € à la Futaie des amis, et 3 000 € à l’équipage de Rivecourt.


La «futaie des amis», un groupe de veneurs aristocrates, friqués et défraîchis, qui a déjà su faire admirer sa petite réputation cynégétique en abattant de pauvres cerfs terrifiés venus se réfugier dans des pavillons de banlieue tranquille ou dans des cours d’écoles (devant des enfants choqués en plus…), vient de connaître un malheureux désagrément.
Des antispécistes enragés ont perturbé l’appétit et l’odorat de leur médors faméliques avec des armes terribles et redoutables : des friandises et des mamours. C’est un vrai scandale car les cerbères doivent rester affamés afin que les gras barons en sport équestre puissent être assurés qu’ils tueront la maman de Bambi et peut-être même son adorable faon, lequel est légalement protégé – néanmoins sa mort probable est toujours involontaire et accidentelle, bien sûr…
Les cabots souffreteux et transis de famine doivent se précipiter sur les proies sans craindre eux-mêmes de recevoir aussi les corps de cartouches distribués avec générosité par les pseudo-aristocrates décatis et décadents – Nos doux épagneuls français et bretons ainsi que les galgos espagnols si mignons sont les premiers à être trucidés en série par leurs «maîtres» qu’ils idolâtrent en bons toutous serviles.
La Grande Bretagne, vieille terre monarchique de vénerie par excellence, a interdit la chasse à courre en 2004 en votant le fameux «Hunting Act» sous prétexte que c’était un scandale démocratique et insensible aux bébêtes. Nos princes français n’ont pas ses pudeurs de gazelles insensées. Chambord, domaine public renommé dans tout l’Univers, a su élégamment accueillir notre Dauphin présidentiel et ses amis oligarques pour fêter ses quarante ans d’infantilité avec du plomb qui valait bien de l’or.
L’épigone arrogant de Giscard tient à entretenir les traditions viandardes et à faire resplendir l’image versaillaise de la France parmi toutes les cours royales et impériales du monde entier.

L’Office national des Forêts dont la mission est de protéger la flore et la faune (mais qui fait toujours le contraire pour des histoires commerciales avec une sagesse immense d’expert-comptable) a su écouter la complainte stridente des outragés de la canopée – je parle ici de celle de la société grande-bourgeoise et non de celle qui désigne l’ensemble des cimes arboricoles, bien entendu.
Les garde-chasse (un mot démoniaque à trois pluriels possibles dont celui là, à vos dictionnaires les amis!) sont formés pour préserver les contrées sylvestres et ont très souvent ladite vocation païenne et animiste mais les fonctionnaires désespérés et blasés se retrouvent comme toujours par pression hiérarchique à devoir faire le contraire de leur mission de protection pour ne pas être sanctionnés ou même virés pour fautes graves.
En gros, c’est comme pour les jeunes issus des milieux dominés qui veulent protéger la Communauté de la criminalité avec courage, dévouement et innocence en devenant gardiens de la paix, ce qui est absolument essentiel en idéal, convenons-en. Ces jeunots naïfs passent donc les concours de la police républicaine avec espoir d’accomplissement personnel et collectif autant qu’avec désir de justice commune. Les petits samaritains dans l’esprit et dans le coeur se retrouvent ensuite à réprimer misérablement leurs concitoyens désargentés voire même leurs proches défavorisés pour défendre les intérêts de l’oligarchie carnassière qui les méprise en les appâtant avec des primes insuffisantes et insultantes. Cela mine logiquement leur âme désenchantée et donc les rend apathiques ou agressifs. Ils en pleurent après le sale boulot de boucherie sociale avant de finir parfois dépressifs et de retourner contre eux-mêmes en fin de course leur dégoût et le désespoir d’une culpabilité contrainte par des préfets inhumains. Les mélancoliques par défaut s’exécutent alors de façon tragique au moyen de leur arme de «service» comme on le sait…
Pour les garde-chasse idéalistes au purgatoire professionnel, c’est pareil mais avec la publicité médiatique en moins!

Pour panser les douloureuses plaies au coeur infligées à notre «élite» morale chamarrée de redingotes tout en tweed, l’organisme d’«anti-braconnage» chargé de protéger les canards abattus, les lièvres massacrés et les fleurs écrasées lui a offert une compensation financière bien méritée.
10 000 EUROS !!!!!

Les richards de la «futaie» avaient déjà trop en poche mais ce n’était visiblement pas encore assez. Le contribuable inconscient du scandale a heureusement rassuré les impétrants à ses propres frais – En théorie, le saint-frusquin versé aux ogres devait servir au départ à aider les petits oiseaux et les menus quadrupèdes mais ceux-ci disparaissent partout sur la planète alors il fallut bien placer l’investissement public quelque part…
Les maîtres en écocide raisonnable sont en effet aussi des «êtres sensibles» pour reprendre le terme à la mode afin de désigner les bestioles qui sentent le fauve. Pour ces émotifs en manque d’affection, leur portefeuille a une valeur sentimentale.
Nos grands administrateurs en transition écologique l’ont bien compris et les ont chéris comme des marmots en pleurs alors qu’ils ne sont le plus souvent que des vieillards en rage. C’est comme avec les aficionados qu’on indemnise dès qu’ils loupent la moindre corrida car c’est une manifestation «culturelle» incontournable et parce que l’Etat investit toujours dans l’art par évergétisme républicain puisque cela profite aux belles âmes et donc à la joliesse universelle.

Avant les armes en tout genre, quand on allait à la chasse (la guerre n’en est d’ailleurs que la version civile, anthropophage et réciproque), on revenait presque toujours bredouille mais l’ethnie primitive restait souriante et indulgente envers le tristounet pouilleux. Le groupe «primitif et sauvage» était loin d’exiger le «toujours plus» du morbide consumérisme qui nous vampirise actuellement. Les hominidés n’étaient jamais que des petites créatures fragiles parmi d’autres, c’était la vie…

La déesse Diane, chasseresse mais jamais chasseuse (secondée dans son œuvre miraculeuse par son frère Pan le flutiste et gentil sauvageon, par les faunes dansants et par les nymphes chantantes) veillait à l’équilibre entre les essences et entre les espèces. Toutes les divinités païennes si délicatement insouciantes sont mortes en même temps que notre innocence primordiale des temps paléolithiques.

On ne rend même plus d’hommage ni de prière à nos frères et soeurs prétendus «inférieurs» en échange de leur maigre chair pour les remercier que la tribu en péril puisse faire pitance et survivre.
La «civilisation», très mal nommée, s’est développée jusqu’à son plus haut point de barbarie technique. Massacrer est devenu un loisir sportif et une charcuterie industrielle sans communion avec la nature et avec sa poésie naïve.
De toute façon, Gaia la Terre n’est déjà plus qu’une vaste déchèterie en proie à la désertification, pourquoi donc se soucier encore du sort des pâquerettes et des libellules?
Nos temps modernes sont impérieux. Quand le «progrès» est entravé, il faut bien investir pour le relancer. La mort par balle est une filière rentable avec retour monétaire rapide.
Le sang a son prix, l’argent aussi…

Au revoir, pauvre Bambi.

Patrice Leroux