Les décharges du monde occidental

Les décharges du monde occidental

Après avoir visionné un documentaire sur les pollutions électriques et électroniques, et après avoir appris l’existence d’une décharge à ciel ouvert de plastique, dans laquelle se retrouve notamment des bouteilles Coca Cola, j’ai eu envie de vous parler de quelques endroits dans le monde, où la situation est à un stade vraiment critique.(J’aurais pu parler d’autres endroits, et ce sera peut être le cas, dans un autre article.)

 

La première se trouve au Ghana, et se nomme Agbogbloshie market et on y trouve des tas d’appareils électroménagers et électroniques, comme des frigos, des ordinateurs, des écrans, des téléviseurs.

Ces équipements se retrouvent là après avoir échappé au contrôle des pays européens, alors qu’ils sont censés avoir adoptés, pour la plupart, une politique de gestion et traitement des déchets irréprochable.
« Échappé au contrôle », c’est le mot poli pour dire que beaucoup de déchets sont revendus par des Occidentaux à des sociétés , qui les amoncellent dans des décharges.

Non seulement, ces déchets se retrouvent dans des décharges, mais des tas d’ordinateurs et d’équipements informatiques, se retrouvent sur les étals des marchés, et sont revendus alors que jugés inutilisables par l’Occident…

La situation n’est pas meilleure dans la décharge : des personnes, entre 5 et 70 ans tâchent de désosser les équipements pour récupérer ce qui peut être vendu : métaux comme le cuivre, l’or ou l’argent.
Tout ca en marchant pieds nus, en travaillant sans moyens de protections d’aucune sorte (ni gants, ni masques) en faisant brûler des équipements qui polluent l’air, et les nappes phréatiques, en relâchant du plomb et du cadamium, substances hautement toxiques.

Les déchets viennent d’Europe de l’Ouest, d’Asie, d’Australie et des Etats Unis en priorité, et ce qui me pose problème, c’est ce double discours : d’une part les gouvernements qui essaient de promouvoir le fait qu’il faut trier, recycler, moins consommer, et de l’autre, ses entreprises véreuses qui n’ont aucun scrupule à polluer, faire travailler des enfants dans des conditions d’hygiène et de salubrité déplorables.

De plus, il se trouve qu’à une rue de cette décharge gigantesque se trouve le plus grand marché aux fruits et légumes d’Afrique de l’Ouest, ce qui veut dire que les produits sont directement contaminés par toutes les substances toxiques dégagés par la décharge, et que ces dépôts se propagent dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Ce qui frappe, c’est aussi toutes ses femmes, encore adolescentes, entre 15 et 17 ans, enceintes, de pères inconnus, avec plusieurs enfants en bas âge, qui n’ont pas accès à la contraception, ni à la prévention,ni à la protection contre les IST, ni à une éducation à la sexualité, qui leur permettrait d’être armées façe à ce qu’elles peuvent traverser.

Mais évidemment, cette décharge n’est pas une exception.
A l’heure des COP21 et des Sommets pour le climat, ce genre de décharge pullule sur le globe.

 

Le cimetière électronique

La seconde décharge se trouve en Asie, à Guiyu dans la province de Guangdong.
En fait, il se trouve que c’est même la plus grande décharge de déchets d’équipements électriques et électroniques sur Terre.

Pour comprendre le phénomène, il faut comprendre que la Chine est le pays qui reçoit le plus de ces déchets, environ un million de tonnes par an, expédiés depuis les Etats Unis, le Canada, le Japon, et la Corée du Sud.
Ces déchets arrivent par porte-conteneurs entiers, et sont déversés dans des décharges informelles, dans lesquelles travaillent plus de 150 000 personnes, d’après le dernier recensement de 2005.

Evidemment, la plupart des opérations de recyclage effectuées à Guiyu sont toxiques et dangereuses pour les personnes qui y travaillent : 88% souffrent de problèmes neurologiques, digestifs, respiratoires ou de peau.

Comme dans la précédente, ces personnes cassent les composants électroniques à mains nues afin de récupérer les composants réutilisables ou les métaux précieux, et comme pour la précédente, elles doivent chauffer les circuits imprimés, pour en retirer les soudures, brûler les câbles afin d’accéder aux métaux, et utiliser des acides très concentrées pour extraire l’or des circuits imprimés.

Cela implique que la population est exposée à la dioxine relâchée par les fumées, qui se fixent ensuite au sol, déjà saturée de chrome, d’étain et de plomb, entre autres : l’eau n’est plus potable, elle est donc importée par camions.

Des scientifiques ont fait analysés des prélèvements de poussière dans une boutique, et ils ont estimés que la concentration de plomb et de cuivre est respectivement 371 et 115 fois supérieures à la concentration dans des zones à trente kilomètres de là.
La même étude, a également montré que le taux de biphényles polychlorés dans les sédiments de la rivière Lianjiang est trois fois plus élevé que la normale.

 

L’ile poubelle des Maldives

Quand on pense aux Maldives, on pense plages de sable fin, soleil, eau cristalline, et détente, voir tourisme de masse, mais saviez vous que sur Hilafushi, la réalité est toute autre ?

Il s’agit d’une île, en grande partie artificielle, située à sept kilomètres de Malé, la capitale du pays.
Elle mesure sept kilomètres sur 200 mètres de large.
En 1992, le gouvernement maldivien a décidé d’acheminer sur cette île les déchets des îles voisines, n’arrivant plus à gérer l’augmentation constante des déchets dû à l’essor du tourisme dans le pays.
Au départ, des fosses de 1060 m3 ont été creusés pour recevoir les ordures, qui devaient être ensuite enfouies, cependant elles furent saturées bien plus rapidement que prévues, et depuis les déchets sont déversés à meme le sol, voir dans l’eau.

Depuis 1997, le gouvernement a ouvert l’île au lotissement : aujourd’hui 260 entreprises y ont installés leurs activités, avec un chantier naval et des entrepôts par exemple. Elle est aussi devenue le siege d’industries polluantes comme celles du traitement du méthane ou du ciment.
Les ouvriers qui y travaillent, viennent en majorité du Bangladesh, et travaillent 12 heures par jour, dans un environnement pourri par les émanations toxiques, pour un salaire de 255 euros mensuel.

En 2004, un tsunami a ravagé l’île, et dispersé la plupart des ordures dans la mer, polluant une centenaire d’autres îles : les croix rouges australiennes, et canadiennes avaient réuni plus de 10 millions de dollars afin de financer un système de gestion de déchets écologique et durable, mais comme le gouvernement ne l’a pas mis en place, le projet a échoué.

Aujourd’hui, l’île reçoit 330 tonnes de déchets par jour, dont 200 d’ordures ménagères et 100 de déchets industriels : chaque touriste produit 7 kilos de déchets par jour (contre 3 pour un Maldivien), l’île s’aggrandit d’un mètre carré par jour.

Les conséquences de ce dépôt sauvage sans tri ni traitement sont immenses : un niveau de pollution extraordinaire, autant que de l’eau, de l’air et du sol : la fumée qui se disperse jusqu’à la capitale, les huiles, amiante,plomb et mercure, qui sont déversés en grande quantité sans le moindre contrôle.

 

Le septième continent de plastique

La première fois, que j’ai entendue parler de ce « continent » de plastique, c’était à la radio, sur France Inter, il me semble, et j’ai approfondi un peu la chose pour les besoins de cette enquête.

L’appellation « continent » est un peu abusive, les scientifiques préféreront « gyre de déchets », il faut également savoir qu’une zone similaire a été découverte dans le nord de l’océan Atlantique (mais je n’en parlerais pas ici)

Cette gyre a été découverte par l’océanographe et skipper américain Charles J.Moore en 1997, elle n’a pas été découverte avant, car elle se trouve sous la surface de l’eau, et n’est pas détectable par les photographies par satellite, elle est seulement visible du pont des bateaux.

Dans la zone de déchets du Pacifique l’océanographe Charles Moore a mesuré une concentration de 334 000 déchets par km2 (variant de 32 000 à 1 million de pièces par km2).
Selon une vaste étude menée par PLOS ONE, la totalité de la masse des déchets présents dans les océans serait de sept millions de tonnes dont 270 000 tonnes de déchets plastiques flottants (toute fois, ce n’est qu’un ordre de grandeur, il pourrait en avoir encore bien plus)

Le centre de ce Grand Vortex se trouve dans une latitude entre la cellule de Ferrel, et la cellule de Hadley, qui est une zone assez calme de l’océan Pacifique.
Les déchets s’accumulent en bancs. Auparavant, il y avait seulement des déchets dégradables, mais à cause de l’activité humaine, on trouve maintenant des polymères ou des débris de bateaux, et les matières plastiques sont photodégradées, en particules de plus en plus fines, qui conduit à la création de déchets polluants et nocifs pour le milieu marin; qui sont quasiment indestructibles.

D’après des mesures effectuées en 2001, puis en 2007, la masse des déchets plastiques est six fois supérieure à celle du zooplancton.

Quant à l’estimation de sa taille, cela dépend de la source : de 700 000 à 2 millions de kilomètres (soit de une à trois fois la superficie de la France).
L’océanographe Marcus Eriksen estime qu’il s’agit en fait de deux zones interconnectés, et que la zone commence à 500 miles nautique de la Californie, et s’étend jusqu’aux côtes japonaises.

Ce continent semble immuable, mais bouge au gré des vents, et des courants, une partie des déchets peuvent même en sortir via des courants de sortie.
Le continent semble entraîné vers les cotes sud-américaines, fait corroboré par des reporters chiliens de l’IRD, qui ont remarqués une augmentation régulière du nombre de déchets qui s’échouent sur les plages.

De plus, ces déchets ont une longévité qui peut aller jusqu’à plusieurs centaines d’années : ils se désagrègent mais leur structure moléculaire ne changent pas.
Il apparaît donc une immense quantité de « sable de plastique », qui ressemble à de la nourriture, pour les animaux.
Il s’accumule dans les estomacs des poissons, des méduses, des tortues et des oiseaux marins, et est impossible à digérer ou à éliminer.
Ca « sable de plastique » agit également comme une éponge, en fixant des polluants dans des proportions plusieurs millions de fois supérieure à la normale.
Les effets en cascade peuvent s’étendre et atteindre l’homme, via la pêche, essentiellement.

Sur l’année 2010, sur les 275 millions de tonnes de déchets produits par 192 pays, entre 5 et 13 tonnes ont été déversés dans les océans, et 70% du plastique coule…

Si l’on s’attarde sur les causes de cette pollution grandissante est évidemment la très mauvaise gestion du traitement des déchets, qu’on peut justifier par la relative jeunesse du secteur d’activité, le manque d’infrastructures dans de nombreux pays, et le trafic juteux, dont j’ai parlé un peu plus haut.

Greenpeace estime que plus d’un million d’oiseaux et 100 000 mammifères meurent chaque année de l’ingestion de plastiques, et que plus de 267 espèces marines sont affectées par cette pollution.

 


Lexique

biphényles polychlorés : Liquides plus ou moins visqueux en fonction de leur teneur en chlore, insolubles dans l’eau, incolores ou jaunâtre. Ils sont très stables à la chaleur, ne se décomposant qu’à des températures dépassent mille degrés. Ils sont utilisés pour ramollir certaines caoutchoucs et matières plastiques.

dioxine : Sous-produit d’un dérivé chloré du phénol, très toxique (polluant de l’atmosphère). Pour en savoir plus, c’est par ici

photodégradation : La photodégradation est la dégradation causée par l’absorption de photons, en particulier ceux émis par le Soleil.

polymères : Les polymères constituent une classe de matériaux.
D’un point de vue chimique, un polymère est une macromolécule (molécule constituée de la répétition de nombreuses sous-unités).

 


Sources

Le Ghana :

Geo : Le Ghana : poubelle pour les “e-déchets”

Le monde : Les déchets électroniques intoxiquent le Ghana

Bastamag : Commment l’Europe fait passer ses déchets informatiques pour des dons “humanitaires”

Mr Mondialisation : Photographies édifiantes des plus grandes décharges

Reporterre : Les déchets plastiques britanniques ne finiraient pas recyclés, mais en décharge

La Chine :

Wikipedia : La décharge de Guiyu

http://svtc.org/wp-content/uploads/technotrash.pdf ( Document téléchargeable librement, en anglais)

CBS News : Following the trail of toxic e-waste

Les Maldives :

Libération : Les Maldives, malades du plastique

Wikipedia : l’ile de Thilafushi

BBC : Apocalyptic island of waste in the Maldives

Rue89 : Une ile composée de déchets toxiques surgit de la mer

 


Texte : A flower on a mohawk

Crédit photo : Mr Mondialisation