Marche pour le climat : « c’est un magnifique élan citoyen et une superbe prise de conscience collective »

Marche pour le climat : « c'est un magnifique élan citoyen et une superbe prise de conscience collective »


Entretien avec Nelson Palis-Niermann

Afin de placer l’écologie au cœur du débat, nous avons posé les mêmes questions à différents candidat-e-s pour les élections européennes.

Nelson Palis-Niermann, investi sous la bannière d’Europe écologie les verts a accepté d’y répondre.

 

Bonjour, vous êtes candidat sur la liste d’Europe Écologie pour les élections européennes, pouvez-vous nous résumer votre parcours ?

Je suis né dans les Landes, d’une mère allemande et d’un père français. C’est ce mélange des cultures dès la naissance qui a forgé l’humain et le militant que j’allais devenir : une forte identité européenne, un attachement aux services publics, notamment par mon père facteur, un grand respect de la nature. Mais c’est surtout ma mère qui m’a transmis beaucoup de ses valeurs, féminisme, respect de l’autre, quelle que soit son origine ou sa sexualité, et surtout qu’il faut se battre pour ses idées. Après avoir eu le droit à mon lot de jobs étudiants pour financer mes études, du travail en entrepôt au réceptionniste de camping, je suis tout naturellement devenu professeur d’allemand, puisque la transmission de la culture de mon autre pays m’a toujours tenu à cœur. J’ai eu dès l’adolescence l’envie de m’engager. La famille du côté de ma mère était sociale-démocrate depuis plusieurs générations, alors que du côté paternel j’avais plusieurs oncles et tantes communistes. Finalement, j’ai été convaincu, avec la campagne des Européennes de 2009, par le programme et les idées d’Europe Écologie : une vision pro-européenne, mais anti-lobbies et anti-corruption, socialement forte sans être productiviste, le respect de toutes les identités, de l’identité sexuelle à l’identité régionale. En 2011, je franchis le pas en m’engageant chez EELV et les Jeunes Écologistes. Chez ces derniers, j’ai pu participer à un militantisme joyeux et expérimental, qui cherchait toujours de nouvelles manières d’attirer l’attention des citoyens vers les problèmes d’égalité et du climat. J’ai rencontré des gens d’horizons différents, de toute la France et de de beaucoup de pays européens, les Jeunes Écologistes sont comme EELV, intégrés dans une organisation écologiste européenne. Chez Europe Écologie, j’ai eu l’honneur de représenter l’écologie politique à plusieurs élections, mais c’est d’être candidat pour ces élections européennes qui me rend le plus fier.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager ?

Je pense qu’à la base c’est un profond sentiment d’injustice. Je n’en pouvais plus de voir toujours les mêmes se gaver en détruisant la planète, pendant que beaucoup souffraient, et que c’est toujours à eux qu’on en demandait plus. Je veux que chacune et chacun ait la même chance de s’en sortir dans la vie, que tout le monde puisse manger sainement, quels que soient ses moyens, puisse avoir accès librement à la culture et au sport, puisse se soigner, sans se ruiner. Ça peut paraître un peu simpliste, mais mon objectif est l’accès au bonheur pour toutes et tous.

 

En matière d’environnement, quelles mesures de votre programme vous tiennent particulièrement à cœur ?

Notre programme est très complet sur l’environnement mais il y a surtout deux propositions qui comptent beaucoup pour moi. Tout d’abord, la réforme de la politique agricole commune. Ce n’est pas normal que ce soient surtout les grandes exploitations qui se fassent le plus d’argent avec un outil qui devrait être solidaire. Les fermes-usines font partie des premiers pollueurs en Europe, et on continue à les récompenser pour leurs abus. La PAC doit servir à soutenir une agriculture biologique et paysanne, respectueuse de la nature et ses espèces. L’agriculture est une part essentielle de la protection de l’environnement. La deuxième mesure qui me tient à cœur, ce sont les 100 milliards d’investissements par an, dans la transition écologique et sociale. Si on veut inverser la spirale négative de pollution dans laquelle nous sommes, nous devons agir à une grande échelle et ça passe par l’Europe. Vouloir agir seul c’est bien, mais c’est comme si vous au quotidien vous réduisiez et triiez vos déchets, pendant que vos voisins mettent le feu à leurs poubelles. Dans ces 100 milliards, il y aura l’investissement dans les transports durables, les énergies renouvelables, l’agriculture écologique, l’efficacité et la sobriété énergétique et la protection de la biodiversité.

 

Quel est votre avis sur les marches pour le climat qui s’organisent en France et un peu partout dans le monde ?

C’est un magnifique élan citoyen et une superbe prise de conscience collective, qu’il faut continuer à élargir ! Je suis particulièrement touché par la mobilisation des collégiens, lycéens et étudiants. Forcément, en tant que prof, je ne peux qu’être fier que la génération de mes élèves se mobilise. C’est un mouvement festif, combatif et féministe, qui met nos dirigeants politiques face à leurs responsabilités. Là où beaucoup d’hommes et de femmes politiques se moquent du réchauffement climatique, pensant ne jamais en subir les conséquences, alors qu’elles sont déjà là, c’est la jeunesse qui leur rappelle que c’est leur avenir qu’ils condamnent.

 

Selon vous, comment lier la justice sociale et l’urgence climatique ?

Justement, je considère que le programme d’EELV et ses partenaires répond très bien à cette question. Ce qu’on propose ce n’est pas juste un coup de peinture verte, où l’on taxerait juste les plus petits budgets, encore et encore, mais de l’écologie sociale. Sur les 100 milliards d’investissements par an, il y a notamment la rénovation des bâtiments et des transports en commun accessibles à tous. Si l’Union Européenne vous aide à avoir un logement mieux isolé, ça vous fait déjà faire de grandes économies d’énergies, ce qui est bon pour votre budget et pour la planète. Une des choses qui a provoqué le début du mouvement des Gilets Jaunes, c’était l’augmentation du prix du carburant, qui pèse encore et toujours sur les petits budgets. Le problème c’est qu’en même temps que le gouvernement augmente ces prix, il rend plus difficile le voyage en train, en fermant des gares TER, en fermant des lignes régionales, en augmentant le prix des billets. L’Union Européenne doit investir grandement dans les trains et les transports de proximité, pour que chacune et chacun puisse se rendre facilement à son travail, mais aussi à ses loisirs. Pour financer tout cela, Europe Ecologie propose la taxation des transactions financières à hauteur de 0,05 %, qui rapporteraient jusqu’à 180 milliards par an, ainsi qu’une taxe socio-environnementale, sur tous les produits venus de l’extérieur de l’Union Européenne, qui ne respecteraient pas certaines normes sociales et environnementales. Une mesure de justice sociale et d’urgence climatique.

 

Comment vous positionnez-vous face à la liste de la France insoumise, du PS et de génération-s, pourquoi tant de divisions ?

Je pense qu’il y a surtout des visions différentes de la construction européenne et des projets que chacune et chacun veut porter à Strasbourg et Bruxelles. Nous sommes dans une logique entièrement européenne, pendant que d’autres veulent refaire le match de la présidentielle 2017. Les députés européens sortants ont porté des grands combats, dont beaucoup avec succès, et sont les plus actifs au sein du Parlement. Je pense par exemple à Karima Delli, qui a fourni un excellent travail en tant que présidente de la commission des transports. Nous voulons continuer à protéger le climat et l’environnement, comme nous avons pu le faire dans la lutte contre le glyphosate, la pêche en eaux profondes, le TAFTA et le CETA, ou pour protéger les lanceurs d’alerte comme Antoine Deltour, à l’origine des LuxLeaks. Nous avons déjà fourni beaucoup de travail et on espère pouvoir faire encore plus après ces élections.

 

Les Alternatifs – propos recueillis par la rédaction