Votre vie privée sera bientôt privatisée | François Ruffin espionné par LVMH

Votre vie privée sera bientôt privatisée | François Ruffin espionné par LVMH

François Ruffin et son journal Fakir ont fait l’objet, entre 2015 et 2016, d’un espionnage méthodique à la demande de la multinationale LVMH, selon les rapports d’un cabinet privé obtenus par Mediapart. Certains évoquent des informations relevant de la vie privée. « Je n’ai aucune information à ce sujet », a déclaré Bernard Arnault, le patron de LVMH, à la police.


 
Quand un magnat des médias privatisés s’intéresse à la vie privée d’un petit militant courageux, cela donne ceci : De l’espionnage industriel massif sur d’innocentes petites affaires intimes.
 
Que c’est grand! Que c’est puissant!
 
Et si propre, en plus, de la part d’un illustrissime marchand de luxe et surtout d’élégance…
 
Bernard Arnault n’aurait pas apprécié que Juan Branco évoquât ses liens familiaux autant que financiers dans son ouvrage Crépuscule, paraît-il.

Mais dans son cas particulier, voyeuriste à l’excès du fait d’une surveillance illégale et systématique, tout s’explique toujours par l’intérêt capitaliste le plus rationnel – La manoeuvre implacable, duplice, obscure et perverse s’excuse donc d’autant. Tout cela n’a donc rien de vulgaire ni d’outrageux pour nos «petites» vertus de sous-citoyens négligeables.
 
Les riches ont en effet toujours eu des droits supérieurs au commun des mortels dans le domaine du libertinage. La vie privée des esclaves n’est pour eux qu’une marchandise comme une autre, ils aiment à s’en repaître goulûment comme dans un bordel «quatre étoiles».
 
De son côté ultra-sécurisé, l’intimité personnelle du camelot des beaux quartiers (revendeur huppé, roué et féroce de foulards Hermès et de tout un tas d’autres broutilles hors-de-prix) est un trésor à préserver dans une cage dorée, elle-même dissimulée sous un voile de soie argentée. Par contre, la nôtre ne vaut naturellement rien et peut-être donc étalée ou vampirisée dans un strip-show «hanounesque» sans la moindre gêne.
 
Ce qui est «ordinaire» pour n’importe qui est seulement digne de la télé-réalité la plus infâme selon l’éthique néo-giscardienne.
 
La vie familiale et «amoureuse» de Bernard Arnault doit cependant rester bien cachée puisqu’il est une divinité «extraordinaire»…
 
Être épié à chaque instant : Notre député Ruffin ne doit même plus s’en étonner, lui qui était surveillé tantôt par les services secrets du Dauphin pour «sédition».
 
Le détenteur de LVMH a-t-il passé les «informations» sensibles et sensuelles à son ami l’Infant?
 
Lors de l’enquête de caniveau ordurier, le boutiquier platiné en avait amplement l’occasion indiscrète puisqu’ils dînaient ensembles et en famille chaque semaine que Dieu faisait. C’était du doux temps du ministère «classieux» du petit Emmanuel à l’Économie ; aujourd’hui, le bambin arrogant est Président de la République versaillaise. Nos maîtres sont tous passés de la crèche à la maternelle, c’est si beau de grandir autant aux côtés de ceux qu’on aime.
 
L’Infant, précieusement aidé par son tuteur oligarque, sait-il ce que notre dangereux révolutionnaire du magazine Fakir chante sous la douche?
 
Nous ne connaîtrons peut-être jamais la réponse sur ce délicieux détail puisqu’après tout, une amitié princière se targue toujours d’être de l’ordre de la vie privée avec une onctueuse pudeur :
 
Nos médias «indépendants» savent respecter ces choses-là et les taisent en conséquence complaisante. La police publique s’intéresse rarement aux investigations diligentées avec concupiscence et avec grossièreté par ceux d’En Haut.
 
En Macronie, selon le respect rigide des bonnes manières orléanistes, on sait aussi rester parfaitement pudique sur un seul amour, … celui de l’argent.
 
L’étron de Mammon, incarné par le Veau d’Or, lie les êtres cupides et pécunieux comme aucun autre.
 
Le grand «industriel» (actionnaire dominant des hypermarchés Carrefour et encensé à l’encan par le Dauphin) n’est qu’un mateur fouineur et obsédé par la coprophagie avec de viles photographies à l’appui.
 
Sous le règne altier de nos maîtres olympiens, leur clé salace entre avec délicatesse dans le trou de notre serrure. Le crochet libidineux permet d’ouvrir nos précieuses boîtes à trésor de petits polissons mais aussi de remplir leurs coffres-forts déjà bien garnis.
 
Du lucre à la luxure, il y a si peu de différences pour les voyeurs qui savent salarier les meilleurs yeux à grands prix.
 
Les détectives privés, employés par le milliardaire, ont dû être très fiers de leur chef-d’oeuvre d’investigation fangeuse ; Elise Lucet n’aurait jamais eu autant d’audace sur un tel sujet, il est vrai qu’elle s’intéresse plutôt aux questions d’intérêt général…
 
Bernard Arnault a su sans doute se rincer l’oeil à grande larme licencieuse et lubrique ; un vrai chef d’entreprise doit en effet toujours garder un regard clair et frais sur tous ces projets d’investissement. Monsieur le graveleux aimerait tant que nous en soyons tous réduits à faire le tapin, il serait notre souteneur attentif. Le plus vieux métier du monde pourrait tant lui rapporter, fut-il inconscient, involontaire ou contraint de notre faible part.
 
Nos affaires de coeur font ses affaires financières…
 
 
Allez, Bernard!
Vas-y à fond et vois-ça!
Tu vas encore aimer ça!
 
 
Patrice Leroux